Sous les oasis marocaines, un réseau souterrain silencieux transporte l'eau depuis des siècles sans pompe, sans électricité, sans bruit. Les khettaras, ces galeries drainantes creusées à la main il y a plus de mille ans, sont aujourd'hui menacées d'oubli. Et une voix s'élève pour les sauver.
Des lettres alarmantes ont été adressées aux ministres Nizar Baraka (Eau) et Mohamed Bouari (Artisanat et patrimoine), appelant à une mobilisation urgente pour protéger ces infrastructures ancestrales. Le message est clair : les khettaras méritent d'être inscrites au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Ces systèmes d'irrigation gravitaire, que l'on retrouve notamment dans le Tafilalet ou le Drâa, permettent de capter les nappes phréatiques et de les acheminer vers les cultures sans aucun apport énergétique. Un génie d'ingénierie hydraulique que beaucoup de civilisations contemporaines nous envieraient.
Le problème, c'est que l'urbanisation, le changement climatique et l'abandon progressif des pratiques agricoles traditionnelles fragilisent ce patrimoine vivant. Des khettaras s'assèchent, d'autres s'effondrent faute d'entretien. Chaque galerie perdue, c'est un pan entier de savoir-faire qui disparaît avec elle. Les défenseurs de ces ouvrages plaident pour une reconnaissance officielle qui forcerait leur mise en valeur, leur restauration et leur transmission aux générations futures.
Pour les Rbatis curieux de leur propre pays, c'est aussi une invitation à redécouvrir ces territoires fascinants que sont les oasis du sud. Parce que comprendre les khettaras, c'est comprendre comment le Maroc a appris à vivre avec le désert, à négocier avec la sécheresse, et à transformer la contrainte en intelligence collective. Un héritage qui, en ces temps de stress hydrique, a franchement tout d'un message d'avenir.